Les centres d'intérêt sur un CV, la rubrique qu'on remplit sans réfléchir.
« Lecture, cinéma, voyages. » Trois mots que le recruteur a lus quatre cents fois cette semaine et qui ne lui apprennent rien sur toi. La rubrique centres d'intérêt n'est pas obligatoire, mais quand elle est là, elle doit servir. Voici quand la garder, comment la formuler, et vingt exemples qui donnent envie de poser une question.
Mis à jour le 16 septembre 2026 · 7 min de lecture · par Rémi Telenczak
À quoi sert vraiment cette rubrique.
Les centres d'intérêt ne font pas embaucher. Aucun recruteur n'a retenu un comptable parce qu'il faisait de la plongée. Mais la rubrique joue deux rôles précis, et c'est pour ça qu'elle survit depuis cinquante ans en bas des CV.
L\'amorce de conversation. En entretien, le recruteur cherche une question facile pour démarrer ou pour détendre l\'atmosphère. « Vous faites du trail, vous préparez quoi en ce moment ? » Tu réponds sur un terrain que tu connais, tu te détends, l\'entretien démarre bien. Un intérêt précis donne cette porte d\'entrée. « Sport » ne la donne pas.
La preuve indirecte. Un loisir dit quelque chose de toi que tes expériences ne montrent pas. Capitaine d\'une équipe de handball depuis cinq ans, c\'est du management d\'équipe bénévole. Trésorier d\'une association de 200 membres, c\'est de la rigueur budgétaire. Un marathon par an, c\'est de la discipline sur la durée. Le recruteur fait le lien tout seul si tu lui donnes la matière.
Elle a aussi un troisième rôle, moins avoué : humaniser un CV. Un profil très technique ou très linéaire gagne à montrer qu'il y a quelqu'un derrière. C'est le cas pour un développeur, un comptable, un juriste. Moins pour un commercial, dont le CV respire déjà la relation.
Le test : si un recruteur ne peut pas te poser une question à partir de ta ligne de centres d'intérêt, elle ne sert à rien. Retire-la ou réécris-la.
Quand la garder, quand la retirer.
Garde-la si
Tu es junior ou en reconversion : tu as peu d'expérience, tes loisirs et engagements sont une vraie source de compétences. Un étudiant qui organise un festival de 2 000 personnes a fait de la gestion de projet.
Tu as un intérêt en lien avec le poste ou le secteur : passionné de vin qui postule chez un caviste, pratiquant d'escalade qui candidate chez Décathlon, bénévole en maraude pour un poste dans le social.
Tu as un engagement qui prouve une compétence que le poste demande et que tes expériences ne montrent pas : responsabilité associative, coaching sportif, mentorat.
Il te reste de la place et ton CV paraît froid. Deux lignes bien choisies changent la lecture.
Retire-la si
Ton CV tient déjà à peine sur deux pages avec 15 ans d'expérience. Chaque ligne de loisir est une ligne de résultat en moins.
Tu n'as rien de précis à dire. « Lecture, musique, voyages » est pire qu'une absence de rubrique : ça montre que tu l'as remplie par obligation.
Tu postules à l'international dans un pays où la rubrique n'existe pas. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, elle surprend et fait perdre de la place.
Ton intérêt pourrait être mal interprété par une partie des recruteurs, et tu n'as pas envie de prendre ce risque pour une ligne qui ne fait pas embaucher.
La règle de formulation : précis, chiffré, vérifiable.
Toute la différence entre une rubrique qui sert et une rubrique qui encombre tient dans la formulation. Un mot générique ne dit rien. Une précision dit tout. La méthode : le nom exact de l'activité, une durée ou une fréquence, et un fait qui prouve que tu la pratiques vraiment.
Avant et après, sur cinq loisirs courants
Sport
→ Trail, 3 courses de 40 km par an, dernière : Templiers 2025
Voyages
→ 6 mois en Amérique du Sud en 2023, espagnol courant appris sur place
Lecture
→ Lecture d'essais d'économie, un compte-rendu mensuel publié sur LinkedIn (400 abonnés)
Musique
→ Batterie depuis 12 ans, groupe de reprises, une dizaine de concerts par an dans le Nord
Cuisine
→ Cuisine asiatique, cours hebdomadaire depuis 2 ans, ateliers pour une association de quartier
Chaque ligne de droite donne au recruteur une question toute faite et une compétence implicite : endurance, autonomie et langue, capacité à structurer une pensée, régularité et travail en groupe, transmission. Chaque ligne de gauche ne donne rien.
Deux ou trois intérêts suffisent. Au-delà de quatre, ça devient une liste de courses et plus rien ne ressort. Choisis ceux qui ont une histoire, ou ceux qui parlent au poste.
20 exemples de centres d'intérêt par famille.
Sport et endurance
Marathon, 4 courses terminées, meilleur temps 3 h 42 à Paris 2025
Escalade en salle et en falaise, niveau 6b, sorties mensuelles en Bourgogne
Capitaine d'une équipe de handball en régionale depuis 5 ans (14 joueurs)
Natation en club, 3 entraînements par semaine, compétitions départementales
Cyclisme, 5 000 km par an, traversée des Pyrénées en 2024
Engagement et associatif
Trésorière d'une association étudiante de 200 membres, budget annuel 45 k€
Bénévole aux Restos du Cœur, un service par semaine depuis 3 ans
Entraîneur bénévole d'une équipe de foot U11, 18 enfants, 2 séances par semaine
Mentor pour l'association Article 1, accompagnement de 3 étudiants boursiers par an
Organisation d'un festival de musique de 1 500 personnes, équipe de 20 bénévoles
Culture et création
Photographie argentique, développement en labo perso, exposition collective en 2025
Théâtre d'improvisation, troupe amateur, une représentation par mois
Écriture d'un blog sur l'histoire du cinéma italien, 60 articles, 2 000 lecteurs par mois
Piano classique, 15 ans de pratique, niveau fin de cycle 3 au conservatoire
Podcast sur l'entrepreneuriat local, 40 épisodes, 25 invités interviewés
Technique et savoir-faire
Rénovation d'une maison ancienne, électricité et plomberie faites moi-même sur 3 ans
Développement d'une application de suivi de potager, 300 utilisateurs, code sur GitHub
Apiculture, 4 ruches, 60 kg de miel par an vendus au marché du village
Échecs en club, classement Elo 1 750, tournois régionaux
Restauration de motos anciennes, deux Motobécane remises en route
Aucun de ces exemples n'est extraordinaire. Ils sont précis. C'est la précision qui rend l'intérêt crédible et qui fait parler.
Ce qui décrédibilise en une ligne.
« Lecture, cinéma, voyages, musique ». Le quatuor par défaut. Il ne distingue personne et signale que tu as rempli la rubrique parce qu\'il fallait.
Les engagements politiques, syndicaux ou religieux. Sauf si le poste est directement lié (chargé de mission dans un parti, poste dans une institution confessionnelle), ces mentions divisent les recruteurs et ne t\'apportent rien. Tu as le droit de les avoir, tu n\'as pas intérêt à les écrire là.
Les loisirs à risque quand le poste ne s\'y prête pas. Parachutisme, boxe, moto sportive. Certains recruteurs y voient de l\'audace, d\'autres un futur arrêt de travail. Garde-les pour l\'entretien si ça vient.
L\'intérêt inventé ou gonflé. Tu mets « œnologie » parce que ça fait bien, et le manager qui te reçoit est un passionné de bourgogne. Trois questions et tu es à sec. Tout ce qui est écrit doit tenir dix minutes de conversation.
Le hobby qui contredit le poste. « Jeux vidéo, 30 heures par semaine » pour un poste avec des astreintes et des horaires étendus. Le recruteur fait l\'addition.
L\'intitulé « Divers » ou « Autres ». Si tu ne sais pas comment nommer la rubrique, elle ne mérite pas d\'exister. « Centres d\'intérêt » ou « Engagements » suffisent.
Relis ta rubrique en te demandant : est-ce que je peux en parler cinq minutes avec passion et précision ? Si la réponse est non pour un des intérêts, retire-le.
Le cas du junior : une vraie rubrique, pas une ligne.
Quand tu as un ou deux stages et un diplôme, tes engagements sont souvent ce que tu as fait de plus responsabilisant. Trésorier du BDE, tu as géré un budget. Organisateur d'un tournoi inter-écoles, tu as coordonné des dizaines de personnes. Capitaine d'équipe, tu as managé. Dans ce cas, la rubrique change de nom et de place.
Appelle-la « Engagements » ou « Projets et engagements », mets-la avant les centres d'intérêt classiques, et rédige-la comme une expérience : intitulé, structure, dates, deux lignes de résultats concrets. Le recruteur la lira comme un poste.
Un engagement étudiant rédigé comme une expérience
Trésorière, Bureau des étudiants de l'IAE de Lille (2024-2026)
Gestion d'un budget annuel de 45 k€ pour 200 adhérents. Mise en place d'un suivi mensuel sur Google Sheets partagé avec le bureau, négociation de 8 partenariats locaux (12 k€ de sponsoring), clôture des deux exercices sans écart.
Centres d'intérêt
Trail, 3 courses de 40 km par an. Théâtre d'improvisation, troupe amateur, une représentation par mois.
Avec cette structure, le recruteur voit une gestion budgétaire, une négociation et une rigueur avant même de lire tes stages. Pour aller plus loin sur la façon de traduire études, projets et jobs étudiants en compétences, le guide sur le CV sans expérience détaille la méthode.
Les loisirs font parler. Le reste du CV doit convaincre.
5 optimisations offertes par mois. Sans carte bancaire.
Les questions qui reviennent.
01Faut-il mettre ses centres d'intérêt sur un CV ?
Ce n'est pas obligatoire, et mieux vaut ne rien mettre qu'écrire « lecture, cinéma, voyages ». La rubrique vaut le coup dans trois cas : tu es junior ou en reconversion et tes engagements sont une source réelle de compétences ; tu as un intérêt en lien avec le poste ou le secteur ; tu as un loisir précis qui prouve une qualité que tes expériences ne montrent pas, comme l'endurance ou la responsabilité d'équipe. Dans tous les cas, formule chaque intérêt de façon précise et vérifiable : le nom exact de l'activité, une fréquence ou une durée, un fait concret. Un recruteur doit pouvoir te poser une question dessus en entretien. Si ta ligne ne le permet pas, retire-la.
02Quels centres d'intérêt mettre dans un CV ?
Ceux dont tu peux parler cinq minutes avec précision, et si possible ceux qui disent quelque chose d'utile pour le poste. Un sport d'endurance pratiqué régulièrement montre de la discipline. Une responsabilité associative (trésorier, capitaine d'équipe, organisateur d'événement) montre de la gestion et du collectif. Une pratique créative suivie sur des années montre de la régularité. Formule toujours avec un chiffre ou un fait : « trail, 3 courses de 40 km par an » plutôt que « sport », « trésorière d'une association de 200 membres, budget 45 k€ » plutôt que « associatif ». Deux ou trois intérêts suffisent. Évite les engagements politiques, syndicaux ou religieux, sauf si le poste y est directement lié.
03Comment formuler ses loisirs sur un CV ?
En trois éléments : le nom précis de l'activité, une durée ou une fréquence, et un fait qui prouve que tu la pratiques vraiment. « Batterie depuis 12 ans, groupe de reprises, une dizaine de concerts par an » dit tout ; « musique » ne dit rien. La précision rend l'intérêt crédible, donne au recruteur une question facile pour démarrer l'entretien, et laisse deviner une compétence sans que tu aies à la revendiquer : travail en groupe, régularité, engagement. Limite-toi à deux ou trois lignes. Si tu es junior et que tu as une responsabilité associative importante, rédige-la plutôt comme une expérience dans une rubrique « Engagements », avec dates, structure et résultats chiffrés.
04Quels centres d'intérêt éviter sur un CV ?
D'abord les génériques : « lecture, cinéma, voyages, musique » sans aucune précision, qui signalent une rubrique remplie par obligation. Ensuite les engagements politiques, syndicaux ou religieux, qui divisent les recruteurs sans rien apporter au dossier, sauf pour un poste directement lié. Les loisirs à risque (parachutisme, sports de combat, moto sportive) sont à manier avec prudence : certains recruteurs y lisent de l'audace, d'autres un futur arrêt de travail. Évite aussi tout intérêt gonflé ou inventé, parce qu'il suffit d'un recruteur passionné du même sujet pour que ça se voie en trois questions. Enfin, ne mets pas un hobby qui contredit les contraintes du poste, comme « jeux vidéo 30 heures par semaine » pour un emploi avec astreintes.